Pulsions : profonds éclats de rire

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Bref, Bloqués, Serge le Mytho, derrière ces trois programmes courts diffusés dans un premier temps sur Canal + puis sur Youtube se cachent deux cerveaux géniaux Kyan Khojandi et Navo. Leur duo créatif irrigue tout un pan de la scène humoristique française et ça fait du bien, tout simplement.

Si Navo joue davantage le rôle d’homme de l’ombre, Kyan Khojandi est forcément connu de tous, même s’il est plus difficile de savoir orthographier son patronyme. Son regard noir malicieux et son débit de folie ont marqué au fer rouge toute une génération, dont je fais partie. Celle qu’on appelle la génération Y parfois (je crois) et qui regardait encore un peu la télé à ce moment là.

Pendant mes études de droit, j’ai participé et assisté à de nombreux concours d’éloquence. Je peux vous assurer qu’à partir de la diffusion de Bref, il n’y a pas un concours qui a eu lieu sans une référence plus ou moins maligne et pertinente aux expressions du personnage pataud, dépressif et incroyablement humain qu’incarnait Kyan et qui représentait le trentenaire loser égaré dans sa vie amoureuse. Pire, les vidéos de mariage, les entretiens d’embauche, les présentations d’entreprise ont toutes subi ces tentatives de parodie. Jusqu’à épuisement de la référence. Bref.

Le talent de Kyan, c’est d’avoir toujours su se renouveler. Au bout de 82 épisodes de Bref, il décide avec Navo d’arrêter la série. Stupeur et contestation n’y changeront rien, ils n’épuiseront pas leur concept pour la money et passent à autre chose. C’était déjà en 2012.

En 2015, ils reviennent tous les deux sur Canal, cette fois-ci à la création. Ils présentent Bloqués, un programme court qui met en scène les Casseurs Flotteurs, Gringe et Orelsan dans leur quotidien de glandeurs sur canapé. Ils partagent l’écriture avec Flobert, scénariste et créateur du très bon Floodcast et les deux rappeurs et bénéficient d’un bon retour critique. Ils enchainent ensuite après 120 épisodes tout de même, avec Serge le Mytho, sorte de spin off de Bloqués qui offre à Jonathan Coen un rôle de mythomane sur-mesure irrésistible. D’ailleurs, un long métrage autour de ce personnage serait d’ailleurs en préparation…

En parallèle de ces créations télévisuelles qui ont eu une seconde vie importante sur internet, Kyan a écrit, toujours en tandem avec Navo son premier spectacle qu’il a rôdé dans les petites salles parisiennes comme le Paname et dans toute la France. Ce spectacle s’intitule Pulsions. Fort d’un succès et d’une grosse tournée qui a duré plus de deux ans, Kyan a décidé en début d’année 2019 de diffuser l’intégralité de ce premier one man show sur Youtube. Ce qui m’a permis de le regarder car je n’ai pas encore pris l’habitude d’aller voir du stand up en live. Non-habitude que je compte d’ailleurs bien réparer ces prochains mois, notamment en allant voir son nouveau spectacle Une bonne soirée.

Parlons donc de Pulsions, puisque j’écris dans ce but aujourd’hui. Je pense que ce spectacle contient tout ce qu’il faut pour croire en l’être humain et sa capacité de transmission.

Les thèmes abordés donnent le titre du spectacle : la pulsion de désir, d’amour, de gourmandise, la pulsion de colère et la pulsion de tristesse suscitée par le deuil d’un très proche. Grosso modo. Ces pulsions sont toutes croquées successivement pendant une heure dix à grand renfort de métaphores rigolotes et d’acting d’une palette émotionnelle très riche. Kyan se pose en conteur de son propre quotidien.

L’écriture du spectacle que l’on doit au duo m’a beaucoup marquée. Ils ont créé un contenu ficelé au poil dans lequel les blagues se répondent et où une phrase posée innocemment en début de spectacle trouve un écho hilarant à la fin. Rien n’est laissé au hasard et l’équilibre des émotions est très agréable. Ainsi, on ne se contente pas de rire par réflexe mais on réfléchit aussi, on est même souvent ému par les épreuves que l’acteur nous confie. Le sketch sur le décès de son père m’a particulièrement touché. Evidemment parce que je suis un être doté de sensibilité et que j’aime très fort mon propre père. Surtout, Kyan parvient à en faire une leçon de vie et il dresse à travers certaines anecdotes un portrait de son paternel qui permet de comprendre l’environnement humoristique dans lequel il a toujours évolué. Ce n’en est que plus émouvant que leur lien se soit rompu à cause de ce foutu cancer.

Au-delà de l’écriture, le jeu de Kyan participe énormément à la qualité de Pulsions. Son regard d’abord est d’une expressivité intense. Ses yeux sourient quand il sourit, ils transpercent lorsqu’il aborde des sujets plus douloureux et ils parviennent quoiqu’il arrive à transporter l’émotion directement vers le coeur du spectateur. Il module sa voix, sans en abuser comme lorsqu’il aborde la question du bonheur des enfants qu’il considère comme des drogués heureux. Sans caricaturer il parvient à capturer la nervosité attendrissante d’un enfant plein de vie et nous replonge dans nos propres souvenirs d’enfance. Ah les promenades à vélo…

L’ennui ne rime pas avec Kyan Khojandi. Le temps de son spectacle file à une vitesse folle et on en redemanderait une heure de plus au minimum. Le rythme est parfait et le rappel vient sublimer techniquement le tout. A cette occasion, il reprend son débit rapide qui est un peu sa signature pour proposer une synthèse visuelle de son spectacle qui n’est pas sans rappeler le sketch qu’il avait fait pour les 30 ans de Canal + et celui qu’il avait présenté en ouverture du festival Cannes séries en 2018. De toute beauté !

Le mec écrit bien, a des idées géniales, joue dans des films chouettes et utilise d’autres arts pour mettre en valeur le sien… Papa, maman c’est décidé, quand je serai grande je serai Kyan Khojandi. Peut-être même que si j’arrive à atteindre la sérénité qu’il dégage quand j’aurais son âge, je me mettrai à la course à pieds…

Si vous souhaitez en savoir davantage sur lui, je vous invite à aller écouter le podcast Un café au lot 7 de Louis Dubourg ainsi que l’épisode de Nouvelle école d’Antonin Archer, qui travaille sur un autre projet désormais.

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