3 séries d’automne qui donnent des crampes de cerveau

Quand le divertissement ne cherche pas à éduquer le spectateur mais à le surprendre et à susciter sa curiosité, il accède sans trop de doutes à l’état d’art. 

Bingewatcher, spoiler, crusher sont autant de « nouveaux » mots utilisés avec zèle pour commenter notre consommation de séries. Face à un choix toujours plus vaste d’épisodes et d’univers, certaines séries parviennent, par leur audace, à capter notre attention et à se frayer un chemin dans notre mémoire saturée d’humains trop connectés.

Les choix des réalisateurs des trois séries que je vous propose aujourd’hui ne sont pas toujours récompensés. La série The OA vient par exemple tout juste d’être interrompue après deux saisons de grande qualité. L’annulation déçoit du côté des auteurs autant que de celui des amateurs de science fiction moderne. Espérons d’ailleurs que le même sort ne soit pas réservé à la série Dark. Normalement, le tournage de la saison 3 est en cours et il est donc peu probable que la production soit stoppée. Heureusement pour The Leftovers, les trois saisons ont pu être développées jusqu’au bout et cela fait de cette série l’une des meilleures productions de ces dernières années à mes yeux.

Laissez-moi vous présenter un petit tour de ces trois séries d’exception.

The Leftovers

Synopsis :

En gros, c’est les 4400 mais en mieux et avec un vrai propos. Plus clairement, le pitch est le suivant :  2% de la population mondiale disparaît du jour au lendemain, sans laisser de trace. Il revient à ceux qui ne se sont pas évaporés de retrouver un sens à leur vie et de courir après des explications, souvent en vain. 

Une chose est claire, comme dans la chanson de Claude François, le plus malheureux c’est celui qui reste. Du moins, au départ. Pendant trois saisons nous suivons attentivement les chemins de croix de Kevin, Laurie, Nora, Megan, Matt parmi les millions de rescapés.

Pourquoi c’est fou : 

L’écriture du scénario est d’une grande précision. Aucun épisode n’est développé sans raison et les trois saisons s’enchaînent les unes après les autres avec une fluidité folle. Chaque épisode permet de mettre en lumière un personnage tout en faisant avancer l’intrigue. Les réalisateurs alternent toujours entre des phases d’action intense et des moments plus contemplatifs et symboliques.

Grâce à leur longueur, les séries offrent souvent un panel de personnages plus complexes. Contrairement aux films où le portrait du héros et des autres protagonistes doit se comprendre dès les premières scènes, les séries autorisent des longueurs dans la mise en place d’une fiche personnage (ses traits physiques, ses émotions, son caractère etc…). Dans The Leftovers personne n’est tout blanc dans le sens manichéen du terme, en dehors de la secte, ou tout noir, tous se teintent de gris au fil de leurs actions et transportent avec eux leur lot de névroses.  

Une telle profondeur des différents personnages est rendue possible grâce au jeu des acteurs. Au premier rang desquels se placent Justin Theroux, dont le regard intense suffit à bouleverser n’importe quel spectateur, et Carrie Coon, actrice dotée d’un charisme glaçant et inoubliable. Christopher Ecclecston incarne un prêtre ambigu et complexe qui évoluera au fil des trois saisons vers un rôle de prophète extrêmement intéressant. Ann Dowd, actrice au physique remarquable, similaire à une Kathy Bates des grands jours sort également son épingle du jeu en tant que cheffe de fil d’un mouvement sectaire silencieux. 

Ayant une bonne tendance à la rationalité et étant peu encline à croire aux fantômes et autres phénomènes paranormaux, je ne m’attendais pas à être emportée par le mysticisme inhérent à l’histoire. Face à l’inexplicable, les personnages ont tous eu des réactions différentes. L’apparition d’une secte aux codes bien spécifiques dans laquelle les membres se murent dans le silence et fument clope sur clope est une des clés du scénario. Dans le même genre Tommy (Chris Zilka), un des personnages clés, le fils de Kevin (joué par Justin Theroux) s’embarque dans une mission protectrice délivrée par un gourou soi-disant capable d’exécuter des miracles en soulageant les âmes endeuillées. 

Si ces thèmes vous intéressent, n’hésitez plus. En plus c’est moins long que Lost et en une semaine intense, vous aurez tout regardé.

Les éventuels freins : 

Naturellement aucune série n’emporte la complète adhésion. Certains recherchent le suspense, d’autres le dépaysement ou encore des portraits de personnages historiques. 

La mélancolie globale qui se dégage de la plupart des épisodes donne parfois fort envie de sauter par la fenêtre. Si vous êtes sensible et que les problèmes existentiels, familiaux et le deuil vous hérissent le poil, inutile d’insister. Cette série n’est pas forcément à mettre devant tous les yeux. 

Le manque de diversité des personnages, tous issus de la classe moyenne, majoritairement blancs et hétérosexuels peut ennuyer ceux qui sont habitués aux séries les plus récentes qui mettent en valeur des profils très différents afin que cette diversité soit représentative de la réalité. Même si le choix s’explique par la géolocalisation de l’intrigue et n’a d’ailleurs pas vraiment besoin de se justifier, cela peut perdre certains spectateurs.

Enfin, le rythme de l’histoire est un peu particulier. Le point de vue de chaque protagoniste succède à celui d’un autre et parfois, comme dans beaucoup d’histoires chorales, on peut se détacher du parcours d’un personnage au profit d’un autre que l’on trouve plus attachant par empathie ou non. L’alternance des points de vue permet donc de ne pas se lasser mais peut aussi déranger. Moi ce modèle me plait, j’aime qu’on prenne le temps de poser les intrigues et de donner de l’épaisseur aux “héros”. 

Bon à savoir : 

La série est l’adaptation d’un roman dont l’auteur, Tom Perotta, est scénariste sur la première saison. Souvent cela garantit a minima une fidélité à l’esprit de l’oeuvre. Pour l’affirmer, il faudrait que je lise le livre mais ce n’est pas d’actualité vu la pile de livres qui m’attend déjà.

Si vous aimez le name-dropping et les castings qualitatifs, vous allez être servi puisqu’on trouve à l’écran Arwen (Liv Tyler), le neuvième Docteur Who (Christopher Eccleston) et Tante Lydia de The Handmade tale (Ann Dowd) et même la jeune femme de la pub du parfum Kenzo (Margaret Qualey) qui se prend pour Tigrou sous ecsta dans un hôtel.

Où la trouver légalement ?

Sur la plateforme de streaming OCS et bien sûr en coffret Dvd. L’avantage quand on a comme moi un peu de retard sur beaucoup de trésors sériels, c’est qu’on n’a pas à attendre pour tout dévorer. J’ai hâte de découvrir les Sopranos et The Wire à 50 ans d’ailleurs.

The OA

Synopsis : 

Accrochez-vous bien. Dans cette série, il est question de Prairie, une jeune femme aveugle adoptée enfant par un couple d’américains incapables d’avoir eux-même un enfant. 7 ans avant le début de la série, elle se fait kidnapper au cours d’un voyage solitaire par un médecin-scientifique qui poursuit une quête de la vie éternelle en cherchant des réponses à la fameuse question : “y a-t-il une vie après la mort”. Le sujet d’études de Hap traite plus précisément des patients qui ont traversé une EMI (expérience de mort imminente). Après de longs mois de captivité, Prairie parvient à s’échapper de chez Hap qui a d’ailleurs un drôle d’air de Malefoy père. Petit détail pas si anodin, elle revient chez elle en ayant recouvré la vue… Une fois de retour dans la ville de ses parents adoptifs, elle décide d’initier une bande d’adolescents, unis par leur atypisme, ainsi qu’une professeure isolée, à son histoire et ses secrets. 

Pourquoi faut-il un cerveau et un coeur pour regarder cette série ?

La frontière entre le réel, l’onirique et la folie est poreuse dans cette histoire. L’alternance des points de vue contraint le spectateur à sans cesse prendre du recul sur ce qu’il voit et donc sur ce qu’il est prêt à croire ou non. Ici aussi les personnages ne sont pas des chevaliers blancs dotés de qualités franches et simples. Ils mentent, font preuve de violence, abandonnent leur entourage sans raison et entretiennent des secrets de plus en plus alambiqués

Les personnages cultivent une ambiguïté qui les rend plus difficiles à apprécier, du moins au premier abord. Ainsi, l’empathie est loin d’être immédiate et il faut faire preuve de curiosité pour se plonger vraiment dans ces histoires d’identité. A contrario, et comme souvent avec les rôles de Jason Isaacs, on adore détester le personnage de Hap dont la soif de connaissance est le moteur et le prétexte à des actes immoraux et illégaux. Dans tous les cas il vous faudra un coeur pour aller au bout des intrigues. Il vous en faudra un aussi pour plonger dans la passion de la relation entre Homer et Prairie, dont les limites dépassent même la frontière de l’espace-temps telle qu’on le connait et le conçoit. Je ne vais pas plus loin dans l’allusion, je risquerais de me faire taxer de spoilage.

Quant au cerveau, cet organe spongieux pourra vous servir à suivre les ricochets des différentes temporalités qui sont en jeu dans l’histoire. Les théories scientifiques évoquées ainsi que les mythes liées aux cultures grecques et russes peuvent parfois provoquer des noeuds cérébraux plutôt dangereux pour la poursuite de votre visionnage. Cependant, une fois le vocabulaire scientifique acquis, les interrogations autour des mystères de la vie et de la mort et les théories apportées nourrissent une véritable réflexion dans la vie réelle. 

Vous n’aimerez pas si : 

Vous en avez marre des histoires dans les histoires et des flash back qui vous ramènent à l’enfance du héros ou de l’héroïne. La linéarité et la chronologie ça ne fait pas de mal parfois, je peux le concevoir.

De plus, le personnage de Prairie a tendance à être assez agaçant, un peu comme Carrie dans Homeland. Elle grimace beaucoup, se perd en mystère et en actions inexplicables, il est donc parfois difficile de s’y intéresser dans toutes les situations. Pourtant c’est un personnage féminin original dans la mesure où elle dégage une puissance très importante et ne doit sa longévité qu’à elle-même et la force de sa volonté.

Le saviez-vous ?

Brad Pitt fait partie des producteurs de ce programme. Si cela manquait pour vous convaincre. L’actrice qui joue Prairie / The OA, l’héroïne est également la réalisatrice de la série et se nomme Brit Marling. Malheureusement, comme je vous l’ai présentée dans l’introduction, the OA a été soudainement annulée par Netflix et la saison 2 restera donc, à ce jour la seule fin visible. A vous de me dire ce que vous en pensez d’ailleurs.

Où regarder la série ? 

Même si la série a été annulée alors qu’une saison 3 était prévue, les deux premières sont toujours disponibles sur Netflix, à ce jour. 

Dark

Synopsis : 

Dans une petite ville proche d’une grande forêt et surtout d’une centrale nucléaire, les habitants luttent tous pour protéger leurs secrets les plus profonds. Le temps, les liens familiaux, les relations amoureuses se tissent et s’entremêlent créant un orage pesant et intense à suivre. 

Pourquoi se plonger dans les ténèbres germaniques ?

Volontairement je n’en dirai pas beaucoup à propos de cette série non pas parce que je n’ai rien à dire et que je souhaite bâcler cet article mais parce que je risquerai de trop en dévoiler et de tuer l’envie de découvrir cette série qui sommeille surement en chacun de vous. Respirez, la phrase était trop longue. 

Beaucoup n’iront pas au-delà des deux premiers épisodes car le rythme est trop lent ou que ça parle allemand. Voire les deux. Je connais des gens très bien qui regardent leurs séries en accéléré, cela peut être une solution. Pour la deuxième contrainte, il existe la VF mais je trouve que c’est un peu dommage de se couper d’une telle authenticité par simple confort auditif. 

Tout d’abord, j’ai apprécié la fraîcheur d’un casting inconnu mais charismatique pour la plupart des acteurs. Certains protagonistes sont sans doute connus en Allemagne et il est certain que les plus jeunes d’entre eux vont voir leur carrière se développer dans les prochaines années tellement ils incarnent intensément leur personnage. La qualité du jeu des acteurs n’est pas le seul élément à souligner en matière de casting. En effet, étant donné que le temps joue un rôle important, certains personnages évoluent sur de longues périodes et sont donc joués par plusieurs acteurs. Les ressemblances qui se dégagent des différentes générations sont frappantes pour la plupart des personnages et cela trouble le spectateur dans ses repères déjà peu assurés.

De plus, ce qui pourrait déranger certains m’a convaincue et a accentué mon intérêt pour la série : l’absence quasi-totale de second degré et d’humour dans la série. Souvent les auteurs de série se sentent obligés de diluer les émotions et la dramaturgie à l’aide d’éléments de dérision. Sûrement pour ménager le public qu’ils jugent trop sensible et dont l’attention n’est pas toujours constante. Le parti pris de pas injecter d’humour et de légèreté participe grandement à la construction de l’ambiance de Dark.

Enfin, les mythes et références qui irriguent l’histoire de ces familles sont très riches et donnent envie de découvrir Faust, revoir le Labyrinthe de pan et de se replonger dans la mythologie grecque pour suivre le fil d’Ariane

Où la regarder ?

Dans le noir sous un plaid tout doux, c’est un bon début. Si vous cherchez sur quelle plateforme, Netflix ce sera. La troisième saison est en cours de tournage et devrait arriver au début de la prochaine décennie (en 2020 donc).

Et vous, quelles sont les séries qui vous ont marqué et retourné le cerveau dernièrement ?

Une réflexion sur “3 séries d’automne qui donnent des crampes de cerveau

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